New Deal
Voilà Mère-Grand, assieds-toi confortablement. Sans vouloir te fâcher, il faut que je t'explique.
Bibendum et semelles de plomb
Dans le monde du travail, tout échange de bien ou service est phagocyté par la rétribution des individus impliqués ainsi que la captation de taxes par l'Etat.En effet les individus, dans la nécessité de couvrir leur salaire et les charges associées, ont besoin de tirer un substantiel bénéfice de toute transaction. De même, l'Etat soucieux d'assurer son train de vie, encourage ses administrés à être toujours plus actifs. Il souhaite également que tout citoyen prenne part à cette ronde, non seulement parce qu'il sait qu'un individu tenu à l'écart du travail se tient aussi en retrait du quotidien, mais aussi parce qu'il préfère recevoir des subsides plutôt que devoir en distribuer.
Les hommes sont donc libres de prendre des initiatives, commercer, travailler mais dans cette danse ils sont comme chaussés de lourdes bottes et affublés d'imposants costumes, ceux-ci figurant le bât de toutes les contraintes financières inhérentes au moindre de leur mouvement.
Voici donc l'idée. Comment alléger la danse, la rendre plus gracile et spontanée ? Il faudrait déporter cette surcharge sur un pas de base qui garantirait à tout homme un digne costume. Voilà qui allégerait d'autant l'espace des figures et des initiatives. D'un côté un cadre pour organiser le partage de ressources, de l'autre un espace pour créer, inventer et produire. Entre les deux, un ensemble de règles qui exprimeraient nos aspirations et notre ambition pour le monde.
La Compagnie
Les danseurs portent tous le même costume, leur identité humaine.Ils partagent donc la même dignité, sont égaux en droits et leur liberté est de même poids.
Ils sont assujettis aux mêmes besoins et partagent un temps unique, le même pour tous.
S'ils sont égaux en droit, il est cependant chimérique de les vouloir identiques. Principe physique : 2 corps distincts ne peuvent occuper la même place au même moment. Inutile de raisonner plus loin. Quoi que la raison ou la folie humaine ne statue ne décrète ne proclame, 2 individus resteront toujours distincts. Ce n'est donc pas à l'uniformité de l'homme qu'il faut s'atteler mais à l'universalité du respect dû à chacun.
L'homme n'est pas magicien. Voilà qui l'oblige à s'employer pour vivre dans son milieu. Cette adaptation à son environnement est nommée "travail". Le travail confronte l'homme à sa condition mais aussi à ses congénères tous frappés de la même peine. Le chemin du travail est pavé d'efforts. Il s'agit d'autant opportunités de dépasser ses capacités entendues. Il en résulte une plus grande connaissance de son milieu comme d'un nouveau contour de sa personne.
Musique !
L'argent est un bon outil pour quantifier l'accès aux biens. Son chef d'orchestre en est une banque unique. Plus de numéraires, tout est électronique.L'argent a une saveur ou plus exactement une couleur, fonction du domaine qu'il anime. Par exemple le particulier voit la vie en bleu, l'entreprise respire en vert et l'établissement publique dépense son budget en jaune d'or. On pourrait suggérer d'autres canaux mais l'essentiel réside dans cette règle "Les canaux sont par défaut étanches entre eux".
Il n'y a donc pas d'équivalence automatique entre argent de différentes couleurs. C'est la puissance publique qui, au gré de la politique qu'elle souhaite imprimer, définit, réglemente et ajuste les règles de transformations entre canaux distincts.
Tiens voilà qu'un "non-magicien" s'avance sur la piste. En tant qu'individu, il ne voit donc la vie qu'en bleu. Il reçoit un tribut de dignité parce qu'il est membre de la famille humaine. Il reçoit un salaire de travail dès qu'il s'investit dans un service à la communauté. Il perçoit un supplément de ressources à la charge de la structure où il exerce.
L'idée est d'offrir un canevas qui permette à tout homme de vivre dignement. Si le modèle innove, il se garde pour autant de s'affranchir de tous les repères actuels.
La puissance publique met le tout en musique. Elle définit le tribut, le salaire avec un nombre réduit d'échelons fonction du niveau d'exigence et d'implication exigé par le service et réglemente aussi le supplément de ressources. Elle veille à ce que l'octroi de ressources reste limpide et même s'il comporte quelque gradation, qu'il ne sombre pas dans d'inqualifiables différences.
Elle établit notamment une règle qui fait défaut à notre époque. Les humains partagent les mêmes besoins, le même temps, le même quotidien. Ils échangent avec le même argent l'accès aux ressources d'une seule et même Terre. Rien ne peut donc justifier qu'un homme puisse dilapider 10 fois, 20 fois plus que son voisin. Qu'un homme puisse disposer de 5 fois plus que la ration minimale semble déjà à la limite du supportable et encore cela ne devrait se produire qu'à titre exceptionnel.
L'important est que les hommes ne perçoivent plus le quotidien comme un champ de lutte et de conquête personnelle. Qu'ils acquièrent le sentiment d'une unique condition humaine, au sort partagé. Si l'accès aux ressources est une incontournable nécessité, qu'il ne soit plus élevé au rang de finalité d'un monde sans idées. Les hommes forment un tout et abordent leur quotidien dans un insatiable esprit de coopération et d'association.
Organisation
Un peu de pratique. Banque unique, argent électronique... Voilà qui permet de générer des écritures sans déposséder quiconque. Tribut et salaire ne sont que des opérations numériques effectuées soudainement sur ton compte et idem pour les opérations de compensation entre canaux.Le particulier va donc dépenser la quasi-totalité de son argent bleu auprès d'entités qui elles ne parlent qu'en vert. L'argent bleu collecté par une entreprise est inutilisable. Cette masse va seulement être compensée en un montant d'argent vert pour permettre à l'entreprise d'exercer. La règle de compensation n'a pas vocation à être linéaire. Son expression peut même différer selon divers critères dont par exemple le secteur d'activité.
L'entreprise commerce avec ses fournisseurs en vert . Il n'y a pas de règles spécifiques lorsqu'on échange sur un même canal. Toutefois on peut décréter un taux maximal de profit pour toute transaction. En effet s'il est justifié qu'un service rapporte un bénéfice, un profit démesuré ne peut être dissimulé en service. Pour que la machine globale fonctionne sans heurt, aucun engrenage ne doit tondre la laine sur le dos de son voisin.
Supposons maintenant qu'une structure désire verser un subside à un employé. Elle devra geler de l'argent vert pour qu'il soit compensé en bleu sur le compte de la personne. Cette règle n'est pas non plus linéaire. Plus le montant est important plus l'efficacité de l'argent vert s'amoindrit.
L'argent numérique insufflé est le moteur principal de l'organisation. Toutefois pour qu'il garde son règle d'orchestrateur, il faut veiller à ne pas en diluer la valeur. Si l'argent bleu est amené à être figé dès qu'il parvient à une entreprise, l'argent vert pourrait avoir un caractère évanescent pour empêcher son accumulation par les entreprises en bout de chaîne.
Mais de tout cela c'est à la puissance publique qu'il revient la responsabilité. Elle doit décider, arbitrer, ajuster et de mettre en musique cette partition jusque dans ses moindres détails.