Confidentiel
Peu de nous le savent, mais notre planète est située à proximité d'une grande voie de communication stellaire.
Ainsi lorsqu'une nef croise au voisinage de la Terre,
les voyageurs ne peuvent faire l'économie de quelques considérations à l'égard des hommes.
Voilà, aux dires d'Hazarlas, ce qui se colporte dans les travées. Morceaux choisis.
Le Jardin
- Tout de même, quelle chance de présider aux destinées de pareil jardin
- Seulement, mettre un tel joyau entre les mains de pareil butor, il fallait oser !
- Ce jour-là il n'y a pas à dire, pure folie, on a vraiment donné sans compter
- Dire que la Terre n'avait nullement besoin de lui
- C'est qu'entre ères géologiques, cataclysmes et son minutieux travail d'ingénierie de la vie,
elle avait plutôt bien mené sa barque la p'tite bleue
- Mais voilà, trop belle, trop séduisante, trop généreuse, ça lui est tombée dessus,
elle était le berceau idéal
- Une petite greffe sur un cousin de grand singe et hop le tour fut joué.
Ainsi débarqua le monstre...
La fine fleur
- Si au début l'avorton n'en menait pas large, il prit rapidement la mesure de ses capacités.
Il se bâtit alors un rôle : tout conquérir !
Et voilà comment la soi-disant fine fleur décida de se muer en maître, en roi,
en aboutissement du monde
- Toutefois, impressionné par l'immensité céleste et méfiant face aux éléments,
il prit soin d’assurer ses arrières.
Il intronisa des Dieux qu’il assortit des mille manières de s’assurer
leurs bonnes grâces.
- Ceci fait, la voie était libre. L’homme pouvait se livrer à son rôle.
Place au génie, à ses innombrables talents et notamment à cette habilité
qui confine à la perfidie.
Il n'avait plus qu’à être lui, c’est-à-dire montrer au tout,
qu'il en était et le cœur et la raison.
Libre inconscient
- Pauvre petit hère ! Au prétexte d’être le dernier tombé du nid,
on se considère comme l'achèvement de tout ?
Que la liberté ne ressemble à rien lorsqu'elle est mal porté !
Champion ne sait donc pas qui il est.
Il aurait pu se découvrir en même temps qu’il découvrait le monde
mais il était trop affairé à s’ériger une légende
- à notre décharge, on ne pouvait l'aider.
Lui susurrer le moindre mot eût été comme l’empêcher de jouer.
Lui souffler le moindre conseil eût été trahir le sens même de son existence.
Non aujourd’hui comme hier, il revient à l'homme de trouver par lui-même
et en lui-même ce qu'il est
Le tourneur en rond
- alors maintenant où en est-il ? Manifesterait-il quelque vague progrès ?
- Egal à lui-même. Il n'en finit pas d'impressionner.
Rien ne l'arrête et ne recule jamais.
On est en droit de s'interroger :
« Mais jusqu'où ira-t-il dans la démence et l'apparence,
dont il semble inlassablement se délecter ? »
- Il est vrai que vu son aveuglement et son impétuosité,
il était sage de l'isoler sur cette planète
- Mais quand va-t-il réagir ?
- C'est le propre de tout ilot de liberté.
Livré à lui-même, il s’empresse de faire n’importe quoi
mais tôt ou tard il finit par prendre conscience de lui-même
et remonte à la source.
Alors laissons encore un peu de temps à l'homme.
Je ne doute pas que de la liberté, il soit le digne fils
- Surtout qu’aujourd’hui même la planète l'encourage.
Elle lui intime de regarder autrement.
- Désolé mais tant qu'il considérera qu'il se suffit à lui-même,
il restera enfermé dans ses délires
- On ne peut hélas écarter le cas de figure qu’emporté par sa démence
il finisse tout ratatiné et ne passe définitivement à côté de ce qui lui a été donné.
Alors on pourra dire "L'homme était une belle idée mais la Liberté était
trop grande pour lui ou lui trop petit pour elle.
Il n'en a pas voulu, il ne l'a pas reconnue, soit, il n'est plus."
Comme quoi les voyages stellaires semblent propices à délier les langues !