- "Extra-spoliation"
- Imaginons que le fondement de l'homme soit la liberté.
Or la liberté n'est pas de nature biologique,
elle n'est pas une émanation du corps
donc si elle est accrochée à l'homme c'est au travers de son esprit.
Ne faudrait-il pas alors regarder l'homme autrement ?
On s'extasie devant ce parangon de l'évolution tout droit sorti de terre,
mais ne pourrait-il être un "machin tout autre" opportunément projeté dans l'humain,
bestiau terrestre de 1er choix ?
Ce qu'on désigne par homme serait alors une alliance.
La face visible serait l'humain,
la face sous-jacente l'homme
et la Terre se poserait en luxueux champ d'expression.
L'humain est un animal qui regorge de facultés mais alors
ne serait-ce point au titre d'ombre de l'homme ?
Toutefois, aucune ne lui est immédiatement disponible.
Il lui faut bien des efforts pour mettre en exergue un talent.
C'est un peu comme si l'homme était enseveli dans l'humain
mais qu'icelui ne lui n'offrait qu'une interface limitée.
Ainsi au cours de sa vie, chaque humain extirpe ce qu'il peut de sa nature d'homme.
Cela selon ses prédispositions, ses stimulations, ses choix, son zèle.
- Vraiment bête
- Pieds et poings liés, l'adhérence de l'homme à l'humain est si parfaite
que l'on jurerait qu'ils ne font qu'un.
Seule la défaillance irrémédiable du corps qui "rend l'esprit" libère
l'homme et marque ainsi la fin de son bail d'expression.
Nous voilà donc campés sur notre Terre.
Aucun doute, des animaux nous sommes bien les rois,
car nous faisons plus qu'en épouser les codes,
nous les sublimons.
Si "territoire, domination, loi du plus fort" constituent
les fondements du code civil des animaux élaboré pour leur survie,
l'humain, paré de toute la splendeur de son génie,
les décline en une kyrielle de nuances et de combinaisons.
Petit abrégé de sa virtuosité : cruauté, barbarie, avidité, arrogance,
arrivisme, manigance, hypocrisie sans oublier
des piliers comme vanité, individualisme, nombrilisme, indifférence.
Ah elle n'est pas née la bébête qui prétendrait nous surpasser !
- Zuminzom
- Humain et homme à la fois ? Que dire de ce couple à la Dubout,
de cette union de la carpe et du lapin ?
L'un se croit seul maître à bord, pendant que l'autre est réduit au silence.
Il n'y a que lorsque le premier est sujet à une lourde défaillance
que le deuxième peut émerger et doucement s'exprimer.
Au quotidien l'équipage est éminemment voué à son cerveau reptilien,
non seulement pour le nécessaire - ce qui est acceptable -
mais aussi pour le superflu.
Pourtant nul ne nous demande de faire l'animal.
Mais lorsque l'humain a pris les choses en main,
tant pis pour l'homme qui a intérêt de se tenir à carreau.
Le maître entend profiter de tout ce qui lui tend les bras
ou le conforte dans la grandeur de sa personne.
Parfois on se dit que la condition de "pur animal" nous siérait à merveille,
surtout qu'envers nos semblables, le vivant et toute la planète,
notre rapacité sévit sans faille.
- Comédie humaine
-
Cependant ne passons pas sous silence les bienfaits de la civilisation,
qui entre deux agissements où elle se renie,
cherche à ouvrir l'humain sur d'autres horizons.
Certes, le frémissement est fugace
et semble tenir davantage de la coquetterie que de la conviction.
Mais gageons qu'un jour l'organisation des hommes délaissera
ses projets sans queue ni tête pour s'interroger sur son propre discernement.
Voyons. Acceptons un moment d'incarner ce jumeau à un seul corps, une seule tête.
Quel sentiment cela induit-il ?
Une crainte surgit. Comment être sûr que je ne nuis pas à mon passager ?
Suis-je vraiment au service de ce double dont je n'ai pas pleinement conscience
mais dont je ne suis que le porte-parole.
Tu acquiesces soudainement que ta personne n'est peut-être qu'un moyen et non un but
et tu mesures ton niveau de responsabilité.
Mais alors, de tout ce qui tourne autour de toi, faut-il rire ou pleurer ?
Dans un même élan tu te sens prêt à rire et pleurer, de tout.
Tu es sidéré par le vain spectacle des assoiffés en tout genre.
Ne chevaucheraient-ils pas l'humain à contre-emploi ?
Tu te désoles aussi de ces chantres de l'humanité,
qui portant l'imbécilité telle un trophée,
prônent violence et manigance pour asseoir le monde à leur table.
Impasse et abomination, voilà la signature de l'ignorance du grain de l'homme.
- Géométrie
- Nous voilà donc face à un nouveau schéma pour l'homme, une autre "gé-homme-métrie".
Résumons.
La liberté est un absolu. Elle existe indépendamment de nous, quoiqu'il se passe,
quoiqu'on fît.
De l'homme on ne sait pas grand chose excepté que la liberté coule en son sein
et qu'il est le parent pauvre de l'humain, son fondé de pouvoir terrestre.
La vie humaine semble donc une nue confrontation de l'homme à la liberté.
Voilà. On peut être tenté de blâmer sur le champ une théorie qui paraît tordue
et prend quelque licence avec la raison commune.
Pourtant son essentiel est ailleurs.
Permet-elle de poser un regard simple sur des choses tenues jusque-là pour abstruses ?
Osons approcher notre hypothétique élucubration au plus prêt
des représentations usuelles de l'homme et son esprit.