Le Grand Capital

Pourquoi l'océan cerne de partout nos terres et autres menues choses...

Le Grand Capital

Déserte campagne
Amies chouettes, compères hiboux, me voilà fort dépourvu. Je pense que tout comme moi vous avez ces derniers temps battu la campagne, mais n’y avez rien trouvé. Pas l’ombre d’un soubresaut, pas l’esquisse d’un doute, pas l'amorce d'une bonne nouvelle. Cette fois encore, rien ! Rien à se mettre dans les serres, dans le bec ou sous la dent. Faut- il être à ce point dépossédé pour n’offrir qu’ennuyeux verbiage, boniments à la pelle ou promesses à gogo ? Cela fait longtemps que nous nous faisons du souci pour l’homme, mais je crois pouvoir le dire une nouvelle fois, cette campagne électorale ne nous donne pas matière à espérer.
Oh côté communication, rien à redire, on est très bien servi. Les affiches fleurissent ici ou là, en haut en bas, à l’envers à l’endroit. Mais lorsque de nos vues perçantes nous accédons aux divers programmes, on en tomberait de l’arbre. Quel est leur objet ? Qu’adressent- ils ? Que visent- ils ? À quoi bon convoquer pareilles fanfares pour claironner autant de lignes creuses, tout juste dignes de figurer à l’annexe d’un mode d’emploi.
D’ailleurs je ne dénoncerai personne, mais plusieurs d’entre vous ont baillé à la lecture des différents projets. En effet, comment captiver et impliquer des êtres avec pareils baratins ? Ils n’annoncent rien de neuf mais se contentent de souligner et entériner l’insipidité du quotidien. C’est à se demander si le contenu ne serait pas qu’un accessoire de la panoplie du candidat. Comme dans un radio crochet, ce qui est déclamé importe moins que l’habit, l’interprétation ou le jeu de scène.

Pourtant depuis longtemps déjà, au gré de nos survols, nous percevons que quelque chose n’y est pas. Vous souvenez- vous de ce que nous avions autrefois désigné comme travers ? J’en ai retrouvé trace sur cette feuille qui était suspendue au fil de notre grenier. Je vais vous la relire.
Ensuite, permettez- moi de jouer à l’humain. Ce n’est pas que je sois totalement désespéré mais comme pour tenter d’assagir mon dépit, j’aimerais vous faire part de quelques suggestions que je juge propres à inspirer l’homme, pour le jour où il cherchera à sortir de l’impasse où il moisit.


Bigre bazar
Comme vous le savez, nos banquets bavards sont toujours libres et spontanés. Cependant tout ce qui figure sur cette feuille semble répondre à un unique mantra «  Sur la prolixe Terre, l’homme cultive de bien drôles de choses ». Voici donc l’écho de nos bavardages.

- La planète ne peut rester un champ de dénégation
Soit on considère que tout homme posant pied à Terre a droit à sa ration de dignité, soit on accepte que cela soit l’apanage d’une minorité.
Il faut être bougrement partagé pour d’une part reconnaître des droits à tous les humains et de l’autre pousser une organisation qui les révère comme un simple bavardage.

- La planète ne peut demeurer un lieu d’incohérence
On ne peut d’un côté louer la splendeur de la Terre et de l’autre la réduire à l’état de dépotoir.
De même on ne peut clamer son attachement à la vie et s’en remettre à la violence. La fureur d’aucun n’est légitime pour dessiner le monde de tous.

-  La planète ne peut demeurer un champ d’ignorance
Les hommes sont calibrés pour tout comprendre, eux- mêmes, le monde. Comme la lumière du jour, la connaissance acquise doit être librement accessible et partagée afin de nourrir et illuminer l’appétit, la curiosité et l’esprit de chacun.
Nous disposons tous d’aptitudes différentes et nul ne peut exceller en tout. Cependant il n’est pas avisé de réduire chacun au seul rôle qu’il occupe dans la société.

- La planète ne peut demeurer un champ d’indolence
« Ce qui m’importe, c’est faire mon petit nid au milieu des circonstances et des lois. Le reste n’est pas mon affaire. »
Est- ce manifester son attachement à la vie que de chercher à la dérouler chichement sans engagement ni encombre ? L’humanité forme un tout. On ne peut la déserter pour la nonchalance d’une routine où, du fonds de son douillet petit confort, on s’affaire à dénigrer le monde et soupirer de guerre lasse, attendant que l’existence ne passe.

-  La planète ne peut demeurer une terre d’indifférence et d’irresponsabilité
Inutile de vouloir se cacher derrière son petit doigt. Nous ne sommes pas convoqués à l’existence en qualité de spectateur mais d’acteur. Tout ce qui s’y joue est le fruit d’actions et de consciences d’humaines. Si je n’y prends pas part directement, j’y participe au moins par mon laisser-faire et ma démission.

-  La planète ne peut demeurer une piste d’envol pour imbéciles
Les hommes ne sont pas très regardants. Qu’on les rassure et flatte leur ego et hop les voilà tout contents, tout confiants, à bord du premier idéal qui passe. Ceci d’autant plus s’ils n’ont pas à se remettre en cause.
Nous portons tous une même charge de liberté, mais nous ne la touchons que du bout des doigts. À force de la remiser et s’en remettre au premier beau parleur, nous en perdons et le sens et la saveur.

-  La planète ne peut demeurer un champ d’incertitude
Privés de l’homme, on peut anticiper que la Terre et ses habitants finiraient par retrouver un équilibre et vivre dans une relative quiétude.
Mais sous le règne de l’homme ce n’est plus la même chanson. Sous le feu nourri des règlements et dérèglements de son organisation, tout vacille y compris lui- même. L’hyperactivité humaine semble n’obéir à aucune boussole si bien que nul ne peut présager de l’avenir. Composer un présent aussi complexe et tumultueux revient à livrer demain à une chimère.
Des bataillons de Diafoirus et Madame Soleil s’emploient à certifier le contraire. Leur tâche s’apparente à faire tenir debout un spaghetti cuit en le tenant par la base. Dans leur démarche, rien ne les dérange, rien ne les démonte. Pour peu qu’ils y arrivent, ils se réjouissent et se congratulent. Mais à l’échelle du monde, ce n’est pas un unique spécimen de dérèglement qu’il faut justifier et dompter mais toute une marmite.


Grandement Capital
L’homme s’ébat donc dans un glorieux petit champ de ruines. Comment l’en extraire ? Comment faire paniquer cette zizanie et retrouver ainsi un peu d’ordre ? L’histoire n’étant pas jalonnée de miracles, on ne peut trop espérer de ce coté- là. De plus cela sortirait l’existence humaine de son cadre normal d’exercice qui est la confrontation à la liberté. Alors privé de baguette magique, comment faire bouger l’homme ? Il me semble que le premier pas serait de lui redonner du poids.
« Du poids ? » Me direz-vous. « Mais ne trouvez-vous pas que je suis déjà bien assez lourd comme ça ? Croyez-vous que ce supplément d’embonpoint m’aiderait à me remuer ? »
Ne vous méprenez pas. Il s’agirait de redonner un rôle, une importance, une responsabilité, une dignité, une envie… Ou alors rien de cela en particulier mais le tout, tout au moins.
Comment s’y prendre ?   « Si l’existence humaine a ses contraintes, l’organisation humaine doit avoir l’homme pour horizon. »
Voici donc ce qui semble à mes yeux de hibou grandement capital pour l’homme s’il compte un jour s’extraire du marasme où il patauge, de la fange où il croupit.


1er item – Cher argent
« Il n’y a qu’un seul juge de paix, l’homme. Pourtant les lieux semblent soumis à l’autorité d’un autre prince, l’argent. Il est le maître des lieux, le maître du temps »
Nous formons un groupe unique. Nous avons tous les mêmes contraintes, les mêmes craintes, les mêmes aspirations. Personne n’existe en lui- même seul dans son coin du monde et nous partageons la même Terre. Pourtant le présent semble tourner loin de toute jugeote et dénué de paix.
Pour nous organiser, nous avons inventé une unité de mesure d’échange et de partage, la monnaie. Cet outil très commode est devenu universel mais nous en avons laissé filer la valeur. Devenu plus légitime que l’intérêt commun ou les droits humains, il s’affirme comme autorité à part entière, par- dessus tout, par- dessus tous.

La société humaine n’est que l’aboutissement d’une suite d’improvisations, réponse minimale à des aspirations ou des heurts. Le cadre où elle s’épanouit cultive ordre et stabilité mais n’est pas en mesure de garantir le lendemain. Ce rôle a été endossé par l’argent. Promesse d’accès aux ressources, c’est lui qui fournit l’assurance pour demain.
Que vais-je donc faire de cette belle journée où je suis à l’abri du besoin ? Je vais m’employer à gagner au moins tout autant que la précdédente afin d'assurer la suivante. Ainsi de proche en proche, l’argent glisse doucement vers une fin en soi, un miroir de la réussite, un instrument d’influence. Bien que dépossédé de tout idéal, sa quête surpasse celle de l’homme. Elle peut même occuper à plein temps, offrant à un support humain, un aller simple vers le néant.
On comprend le malaise. Une organisation qui délaisse ses hommes, des hommes inquiets du lendemain et au cœur l’argent qui fait tourner en bourrique tout et tous. Pour redonner du lustre à l’humain et raviver son enthousiasme, il semble incontournable de déminer la valeur de l’argent et le restaurer à son aura initial.

La condition humaine a ses exigences qu’aucune loi ne pourrait abroger. Mais à défaut de monde enchanté, ne saurait- on déployer une organisation qui ouvre chacun sur un autre jour ?
L’argent est une convention universelle qui doit rester la propriété de tous. Il est l’outil qui permet de tracer, organiser, mesurer l’emploi de ressources propres à un service ou la mise à disposition de biens. Levier du politique, celui-ci ne peut en laisser filer la valeur et doit en garantir l’orchestration. Un argent de couleur, fonction du domaine qu’il adresse me semble pour une part propre à destituer l’argent roi, en dissiper les trafics et mettre fin à la confusion des genres. Il permettrait en outre d’en spécifier le sens, fluidifier les usages, instaurer un climat de sécurité bienfaisante.

Pour en terminer avec ce « cher argent », je dois vous avouer qu’afin de ne pas déflorer mon propos, j’ai délibérément éludé les lignes le concernant figurant dans cet écho de nos bavardages. En voici les principales :
- Tout comme le corps de l’homme, l’argent est un moyen non un but
- La valeur humaine est universelle, l’argent n’en est qu’un outil
- La planète ne peut être abandonnée à l’arbitraire du profit pécuniaire. D’auxiliaire de commerce, l’argent est devenu la raison qui fructifie sur des champs d’hommes et cause d’irréparables dommages aux champs de la Terre
- Livrer la Terre au profit aveugle n’est pas lui fournir un moteur mais la confier à un poison
- On ne peut faire confiance au strict capital car ses lois ne souffrent que du bout des lèvres la raison et la tempérance. L’argent est un outil pour les hommes, ceux-ci n’en sont ni les serviteurs, ni les pions
- Les capitaux n’ont d’ambition que pour eux-mêmes. Ils oublient qu’ils prennent appui sur les vrais gens d’une vraie planète. Lorsque par leur cécité ils auront contribué à tout corrompre, comment prospèreront-ils ?
- La valeur des objets et services est souvent spéculative. Elle n’offre pas une bonne représentation des ressources réelles mises en jeu
- L’argent peut éclairer une décision mais ne peut incarner un froid couperet
-  Il faut redonner une conscience à l’argent. Sa raison est de quantifier l’emploi de ressources ainsi qu’organiser l’accès aux biens. On perçoit à travers ces deux fonctions qu’il pourrait se décliner en plusieurs couleurs, a minima une unité en rapport avec la fabrication, une autre avec la consommation



2ème item – Open bar
« Mais me direz-vous, à quoi bon se tourmenter de l’éminence de l’argent dans la destinée humaine ? Depuis ses tout débuts, l’homme n’est qu’un vaste atermoiement alors pourquoi vouloir en déroger ? Ne serait-ce pas là un coup fatal porté à son identité ? »
On peut en effet se satisfaire d’un homme qui cafouille à l’infini, comme si cela était sa marque de fabrique ou son trophée. Toutefois, par goût de la fantaisie et esprit de contradiction, on peut aussi imaginer qu’il puisse en être autrement.

Les hommes se prennent pour des objets déterministes. Ils encouragent les enfants à se développer et se découvrir, mais passé un certain âge, ils dénigrent ce même processus pour eux- mêmes. Un jour ou l’autre, ils jugent leur provision faite et les limites de leur personnage établies. Alors du haut de leur forteresse, ils déclament qu’ils aspirent à être eux- mêmes, libres et indépendants. Désormais ils en savent assez pour ne plus s’en laisser compter et ce n’est plus qu’à la marge qu’ils tolèreront d’être modelés.

C’est là que même si je ne suis qu’un hibou, laissez- moi enfiler un costume d’homme.
Nous sommes attachés à l’existence par notre support humain. Nos gênes en déterminent les caractéristiques et les capacités mais n’en fournissent pas le contenu. Cet approvisionnement est pourvu, sous couvert de notre volonté, par l’environnement où l’on vit.
Si la croûte terrestre est dure, le magma en-dessous n’est jamais pétrifié. Ainsi nul ne devrait aborder sa personne comme figée, aboutie, remplie. C’est le propre de l’existence que de nourrir, malaxer et stimuler sa matière humaine. Elle est autrement plus riche et variée que son seul contour qui, lui, suffit à l’organisation des hommes.

Il faut reconnaître que l’organisation témoigne d’une certaine inconstance. D’un côté afin de les intégrer, elle s’attache à sociabiliser ses membres en les pourvoyant d’un certain niveau d’éducation. De l’autre au prétexte de ne pas empiéter sur la sphère privée, elle s’empresse de les envisager comme de simples numéros.
De fait elle se condamne à traiter avec des approximations humaines. Des êtres malhabiles se proclament omniscients, des chrysalides s’imaginent papillons, des individus au milieu du gué se croient à pieds secs. Ne gagnerait-elle pas en cohérence si à tout moment elle se souciait du niveau de conscience de ses individus ? Ne devrait-elle pas instiller la culture de l’ouverture et du doute ? Ne serait- ce pas témoigner de son attachement à ses ouailles que de leur assurer libre accès à toute connaissance qu’elle soit intellectuelle, artistique ou manuelle ? Ne serait- ce pas là partager au présent et entre tous, notre héritage et notre socle commun ?

L’existence ne pouvant se départir de certaines exigences, il est incontournable que chacun accepte d'endosser un rôle utile à tous. Cependant nul ne peut y être confiné. S’appliquer à rendre un service n’interdit pas d’exister par-delà. C’est vivifier sa personne que de gagner en connaissance de soi-même et du monde où l’on vit.
Pourtant nombre d’êtres humains se trouvent définitivement estampillés comme secondaires ou subalternes. Toute leur vie durant, ils seront à la merci d’autres, tenus comme simples bras ou variable d’ajustement. La charge de liberté qu’ils portent serait-elle de moindre origine ? Est-ce faire société qu’entériner la dépréciation d’une partie de ses membres ? Que vise une organisation qui se détourne de l’émancipation de ses sujets ? Si elle n’est pas en mesure d’insuffler un état d’esprit d’unité et de cohésion, ne se promettrait- elle pas à sa propre perte ?
Le premier cercle d’éveil et d’éducation s’appelle la famille. Le deuxième est porté par la société des hommes. Il doit ouvrir et enrichir les horizons du premier ainsi que pallier à ses manques.

Je pense donc que l’organisation devrait instituer un « open bar  » de la connaissance. Cela œuvrerait autant à l’épanouissement de ses membres qu’à sa propre harmonie. De plus, ce service ferait vaciller tout interdit, nul être du genre humain ne pourrait en être exclus.


3ème item – Le grand capital
Voici le dernier point que je souhaite évoquer. Ce n’est pas le moindre mais le plus délicat à aborder car il touche à la sensibilité et l’intimité de chacun.
Quelle justification donner à mes précédents propos ? Pourquoi s’enquérir de la dignité humaine ? Pourquoi plaider pour un libre accès de tous à la connaissance amassée sous toutes ses formes depuis l’aube des temps ?
Parce qu’il me semble que soumis à pareilles conditions d’existence, l’humain se trouverait vite à court d’excuses pour continuer à se défiler.

En effet, on a toujours une bonne raison de vaquer à autre chose que soi. Un devoir, une obligation, un juste repos… tout est prompt à nous détourner de nous-mêmes. Répliquant au tourbillon du monde, on ne sait s’arrêter et prendre son temps. On ne sait ni regarder autour ni regarder en soi. On est bien vivant au sens où on gigote et on occupe le terrain mais l’est-on complètement ? Si on aime se mirer et s’admirer, qui pour accepter l’image miroir de son bazar intérieur ? On préfère fermer les yeux sur ce monde inconnu, cette terre en friches, ce foutoir dont les ressorts nous échappent et dont on renierait volontiers certains exploits. C’est pourtant là que prend appui notre être.
Nos représentations physiques diffèrent mais tout homme répond au même schéma, est basé sur la même architecture. Nos capacités physiques et nos sens nous portent vers le monde temporel car tel est leur domaine, mais notre enveloppe n’est au plus qu’un point d’ancrage qui nous offre un libre accès à une richesse plus noble et indéfinie.
Pour illustrer cette proximité et notre capacité à l’éluder, plutôt que vous asséner un lourd discours, je vais vous proposer une image. Ce n’est qu’une image parmi d’autres, une toute aussi incomplète et imparfaite que les autres, la voici.

Chacun se tient sur la plage. On y déborde d’énergie et de projets. On est beau, bronzé. On pratique l’allée et venue et non sans une certaine fierté, on excelle dans la construction de châteaux de sables.
Et la mer ? Il faut dire que plus personne n’y prête vraiment attention. Fascinés, les humains en ont attendu pendant longtemps un signe, mais rien ! Et puis sérieusement il faut être inconscient pour s’y risquer. Elle est bien trop vaste, puissante et inconnue. On préfère donc s’en tenir à ce qui nous est familier, la plage. On y est d’ailleurs très bien même si parfois il faut un peu jouer des coudes pour y conserver sa place. C’est donc ici qu’on se tapit. Certains sont placidement installés dans leur petit pliant. Ils sont élégants, lisent le journal et profitent de l’instant. Parfois ils lèvent les yeux pour scruter au loin. Bien qu’ils se prélassent de sa fraîcheur et de la caresse de ses embruns, de la mer ils n'envisagent que l’horizon.

Avouons que c’est tout-de-même bête de s’entasser sur une bande de sable et négliger la vaste étendue qui la borde. À quoi bon arriver jusque-là et détourner les yeux ? Les hommes auraient-ils peur de se mouiller ? Non seulement ils sont doués de multiples capacités mais armés de leur connaissance, ils disposent de tout le nécessaire pour se jeter à l’eau. Cependant ils répugnent. Douteraient- ils d’eux-mêmes ? Ne se sentiraient-ils pas concernés ? Pareille aventure leur semblerait-il une option ? Ils préfèrent donc grenouiller sur la plage, s’y escarmoucher, faire les cent pas, tourner en rond et attendre que la vie ne passe.

La plage étriquée figure le quotidien, la mer la liberté. Elle nous attend, nous lèche les pieds, nous ouvre ses bras. Seulement bonhomme est très occupé. Il est accaparé par des choses bien plus essentielles comme pester contre la rudesse et le non- sens de la vie, s’apitoyer sur son sort.
Tout humain dispose d’un accès personnalisé à l’océan. C’est là son grand capital. Si la liberté est immense et profonde, nul risque d’y sombrer ou d’y périr. C’est à rester prostré sur la plage que l’homme s’engloutit. Si tu daignes t’arracher et gagner l’eau, tu y retrouveras paradoxalement une plus grande proximité avec les autres, car c’est là que notre condition est établie.

La liberté se tient là. Elle attend que l’homme arrête d’attendre. La balle est dans son camp. Qu’il arrête de tourner sur lui-même et s’empoigne.
De notre côté, on aborde l’existence comme un passage obligé dépourvu de boussole. Comment diable s’occuper pendant toute cette plage horaire ? Livrés à nous-mêmes, on mise sur la magie de quelques rencontres et on accueille volontiers tout signe ou révélation susceptible de nous éclairer.
Les religions sont sur le créneau, toutefois elles ne dérogent pas à la règle. Par leurs discours, elles se font aussi des chantres de l’attente. L’aventure humaine est un bannissement mérité. Seul le temps saura mettre un terme à l'épreuve.
On promet ainsi à l’homme un salut dont il ne détient pas les clefs. On l’encourage à peupler son existence de bonnes intentions, mais celle- ci reste pour le mieux un atermoiement stérile, un intermède futile sans ouverture possible. Je préfère imaginer que, même s'il n’en a pas immédiatement conscience, tout est à la portée de l'homme et réside dans son cœur depuis le premier jour.

La liberté est au fondement de tout homme, n’en déplaise à certains
Cette liberté nous confère l’égalité et nous enjoint la responsabilité
On ne peut continuer à saccager la planète et y vivre en barbare
Il est plus que temps de montrer un respect, une envie, une unité



Pour conclure
Et bien les amis, je ne pensais pas être si bavard. Mais si un jour je voyais tout cela mentionné dans un programme, j’applaudirais des deux ailes.
Seulement, inutile de se mentir. Pareille profession de foi ne pourrait se contenter d’une simple votation par « oui » ou « non ». Elle exigerait des hommes une implication nouvelle, un engagement sincère et personnel au-delà du rôle dans lequel on les tient, par-delà ce qu’ils s’estiment en capacité de fournir.
L’époque est confuse, les humains sont désemparés. Toutefois, si l’humain prend conscience de son potentiel et de sa responsabilité, même si la tâche s’annonce ni facile ni immédiate, il est modelé pour la relever et rien n’est définitivement fichu.
Voilà qui donnerait un peu de jouvence à la Terre, un peu de tenue à l’homme et esquisserait un sens à son existence. Alors je vous le dis  « Nous autres chouettes et hiboux, continuons à survoler inlassablement le labour des hommes. Il y a peut-être encore matière à espérer »